Vivre à l’âge de la propagande totale.

66 minutes, pas plus.

Et de trois pour Futur Antérieur, le podcast maison Stroïka. Sur le plateau, un historien, un contemporain : c’est aussi simple que ça. Pour cet épisode, David Colon, chercheur à Sciences Po, donne la réplique à la journaliste et philosophe Clara-Doïna Schmelck. Alors, la propagande a-t-elle de beaux jours devant elle ?

Par les temps qui courent, rares sont les sujets qui clivent autant que celui de l’indépendance des médias. Entre ceux qui considèrent que les journalistes sont à la botte des quelques actionnaires qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps dans le monde des journaux, que les éditorialistes en vue font profession de chien de garde du pouvoir en place, et ceux qui se drapent dans une indépendance qu’on ne saurait leur contester sans verser immédiatement dans le complotisme et la haine de la démocratie, le dialogue est tout simplement impossible. 

« Autrefois, avoir une opinion, c’était avoir un avis sur des faits. C’était personnel, mais construit. Tandis qu’aujourd’hui, il y a de l’arbitraire qui s’est glissé dans l’opinion, qui est un refus de la rationalité. C’est presque une diversion de l’esprit.  »
— Clara-Doïna Schmelck

Une polarisation du même acabit se retrouve dès qu’il est question des réseaux sociaux — et de manière générale, des nouvelles modalités de diffusion et de partage de l’information rendues possibles par le règne de plus en plus absolu d’Internet — parés de toutes les vertus quand ils rendent les Printemps Arabes possibles, mais pointés d’un doigt accusateur quand ils contribuent à installer un Trump dans le bureau ovale. 

« La propagande désigne toute stratégie ou tactique de communication de masse qui vise à agir sur les opinions, les attitudes, les comportements et les conduites des individus. De ce point de vue-là, si nous partons de cette définition très large, tout est propagande. »
— David Colon

Où s’arrête la libre information, où commence la fabrique du consentement ? Pour sortir de la foire d’empoigne, un petit détour par la case histoire pourrait bien s’avérer, comme d’habitude, salvateur. Et pas n’importe quelle histoire : celle de la propagande. La propagande, officiellement, ça n’existe pas chez nous. Vraiment ? Si l’on s’en tient à la définition qu’en donne Edward Bernays, à savoir « l’effort organisé pour propager une croyance ou une doctrine particulière », on voit mal comment une communauté politique pourrait en être jamais absolument débarrassée.

Autrement dit, tout est propagande. Et si ça se trouve, ça n’est même pas si grave. À condition de savoir s’orienter sur les autoroutes parfois glissantes de l’information.

Les invités

Clara-Doïna Schmelck est philosophe spécialiste des nouveaux médias, journaliste et enseignante au CELSA. Elle prépare actuellement un livre sur la République à l’heure des réseaux sociaux et participe à la rédaction d’un ouvrage collectif sur l’évolution des métiers.

David Colon est historien et professeur à Sciences Po Paris. Il est l’auteur de Propagande : la manipulation de masse dans le monde contemporain, édité chez Belin.

Plan du podcast

  • 4:00 L’ère du soupçon généralisé
  • 7:39 Le financement des médias, cartel organisé ?
  • 16:45 L’espace public, entre parenthèses ?
  • 18:57 Chronique Memento : Bobby babille dans sa bulle
  • 21:42 Réseaux sociaux : l’exploitation du temps de cerveau disponible à l’échelle industrielle
  • 28:10 De la propagande en tant que science appliquée
  • 33:38 Faut-il prendre la post-vérité au sérieux ?
  • 37:00 Qu’est-ce que la « propagande blanche » ?
  • 41:35 Brouillard informationnel
  • 44:38 Lecture : George Orwell, La Ferme des animaux
  • 48:27 Comment restaurer la confiance dans les médias ?
  • 52:00 Fact checking, encadrement des médias : les remèdes pires que le mal ?
  • 57:11 Pas de médias libres sans refonte du financement de la vie politique
  • 60:35 Inégalités de revenus, inégalités informationnelles
  • 63:40 « Plus il y a de propagande, plus il y a de cloisonnement » (Ellul)


Cet épisode a été réalisé et mixé par Clément Nouguier. La chronique et la lecture réalisées par Laura Frémy. Le tout écrit, préparé et présenté par Arthur De Grave et produit par Stroïka.

Disponible sur : Soundcloud, iTunes et Spotify

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« La parole politique est par définition performative. » C’est ce qu’affirme à qui veut l’entendre, paraît-il, l’ancienne porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Il semble que cette conviction soit par ailleurs très répandue au sein de la classe politique, en France et de par le monde. Il y a de quoi s’inquiéter. Car si la politique recèle bien, dans une certaine mesure, le pouvoir d’influer sur le réel, la parole qui lui est attachée n’est pas pour autant performative de manière systématique et spontanée.

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« science » économique à sa place ?