L’Illusion performative.

13 minutes, pas plus.

« La parole politique est par définition performative. »

C’est ce qu’affirme à qui veut l’entendre, paraît-il, l’ancienne porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Il semble que cette conviction soit par ailleurs très répandue au sein de la classe politique, en France et de par le monde. Nous avons donc toute une foule de gens a priori raisonnables qui succombent à une idée manifestement farfelue. Il y a de quoi s’inquiéter. Car si la politique recèle bien, dans une certaine mesure, le pouvoir d’influer sur le réel, la parole qui lui est attachée n’est pas pour autant performative de manière systématique et spontanée.

A croire que Sibeth Ndiaye, et de façon générale, tous ceux qui se croient capables de redéfinir les bornes de la réalité par la seule force de leur verbe, auraient pu lire La Septième Fonction du langage (Grasset, 2015) de Laurent Binet comme une oeuvre documentaire et non comme la fiction intello-burlesque qu’elle est. Le roman nous raconte l’histoire d’une bande d’universitaires qui se haïssent, de Giscard, de Mitterrand et même de Philippe Sollers qui se lancent à la poursuite d’un document qu’aurait eu sur lui Roland Barthes le jour de sa mort, document où est exposée par le menu une hypothétique septième fonction du langage, donc. Quid des six autres ? Un petit intermède linguistique s’impose. 

Dans ses Essais de linguistique générale (1963), Roman Jakobson détaille six fonctions du langage. La fonction expressive renseigne sur l’attitude de l’émetteur vis-à-vis de ce qu’il est en train de dire ; la fonction phatique vise à établir et maintenir la communication (« allô », « hein ? ») ; la fonction référentielle — sans doute la plus évidente — qui désigne une réalité extérieure (le quelque chose dont je parle) ; la fonction métalinguistique, quand le message porte sur la langue — le « code » — elle-même (pensez à une définition de dictionnaire ou à votre vieille grammaire latine) ; la fonction poétique, qui consiste en « la projection de l’axe paradigmatique sur l’axe syntagmatique » (je ne m’étends pas davantage) ; enfin, la fonction conative ou incitative, centrée sur le récepteur (« allez-vous en ! »).

La septième fonction du langage peut-elle casser des briques ?

A ces six fonctions, Binet vient ajouter une septième, « magique ou incantatoire » : la fonction performative. Cette « fonction du langage » (totalement fictive) serait une sorte d’extrapolation de la théorie des actes de langage développée par le linguiste américain John Austin dans Quand dire, c’est faire (1962). Dans certains cas, la parole se confond absolument avec l’acte qu’elle désigne : on parle alors d’énoncé performatif. Pensez à la sentence que prononce un juge, ou au moment où le prêtre vous « déclare unis par les liens du mariage ». Un énoncé peut être dit performatif s’il induit une modification de la réalité. Il n’est ni vrai, ni faux ; il réussit, ou il échoue. Irons-nous jusqu’à penser que le langage sécrète en lui-même le pouvoir magique et illimité de changer le monde ? Qu’il existe quelque chose comme une fonction incantatoire du langage ?

Binet fait dire la chose suivante à Umberto Ecco : 

« Celui qui aurait la connaissance et la maîtrise d’une telle fonction serait virtuellement le maître du monde. Sa puissance n’aurait aucune limite. Il pourrait se faire élire à toutes les élections, soulever les foules, provoquer des révolutions, séduire toutes les femmes, vendre toutes sortes de produits imaginables, bâtir des empires, obtenir tout ce qu’il veut en n’importe quelle circonstance »

L’équivalent fonctionnel de l’Anneau Unique en linguistique, en somme. Et tout aussi fantaisiste. Il s’agit ni plus ni moins d’une blague, que les responsables politiques qui se piquent de performativité ont l’air, pour notre malheur, de prendre au sérieux. Car les visées performatives d’un énoncé viennent souvent se fracasser sur une réalité retorse. Il n’existe pas vraiment de « fonction performative » entendue comme un super-pouvoir. Un énoncé performatif peut ou bien réussir, ou bien échouer. En fonction du contexte, les conditions peuvent en être plus ou moins favorables : il arrive par exemple que la réalité n’exerce qu’une contrainte assez lâche. Quand l’exorciste décrète que « le démon s’en est allé », il s’en est allé, point. Une position d’autorité peut également conférer une dimension performative à la parole de celui ou celle qui l’occupe : pour vous mettre « en état d’arrestation », le flic compte davantage sur son appareil phonatoire que sur sa matraque.

Mais les responsables politiques ? Rien n’est moins sûr. En effet, les velléités performatives des hommes et femmes politiques butent non seulement sur la réalité objective, sur le règne têtu des faits, mais également sur un autre obstacle fâcheux : les opinions et positions contraires. Entre l’exercice du pouvoir et la capacité de plier les volontés d’autrui, il y a un gouffre béant ; et croire que sa propre parole possède le pouvoir de remodeler le réel à l’envi au prétexte qu’on détient une forme quelconque d’autorité, expose à de graves déconvenues. Tout parent d’un jeune enfant en fait l’expérience bien assez tôt : vers deux ans, le chérubin commencera à opposer un « non » systématique aux ordres que lui intime l’adulte. La volonté d’autrui, même quand cet autrui prend la forme d’un insupportable petit morveux, fait voler en éclat les prétentions du pater familias à la performativité. Dans le cas particulier de la politique, on ajoutera que pour qu’une décision s’exécute — dans la forme particulière de gouvernement appelée « démocratie », la décision en question est normalement le fruit d’un processus appelé « délibération », à l’exact opposé de l’incantation, mais j’y reviendrai — il faut tout un ensemble d’arrangements sociaux et de mécanismes institutionnels complexes. 

Bref, en politique comme ailleurs, les actes de langage ne relèvent pas de la magie. Il suffit d’appliquer son esprit cinq minutes à la question pour remettre la fonction incantatoire imaginaire à sa place. Mais alors comment la porte-parole du gouvernement a-t-elle pu se convaincre du contraire ? Et pourquoi tant d’hommes et de femmes politiques semblent-ils partager son avis, à en juger par l’emploi modéré qu’ils ou elles font des fonctions conatives ou dénotatives ?

Misère de la demi-culture

La première raison pourrait bien être la suivante : il y a un problème dans la formation et dans la sélection — que l’une et l’autre se confondent absolument en est un autre — de nos élites. Et à vrai dire, le mal est si profond qu’il compromet la notion même d’élite. Nous nous retrouvons en effet avec, dans des positions de pouvoir, des gens capables de mobiliser la couche la plus superficielle de la culture légitime pour rendre compte de leurs actions, à leurs propres yeux comme à ceux de masses qu’ils estiment impressionnables. 

Peut-être la cause est-elle à aller chercher du côté de communicants pressurés, sommés de débiter de la fiche d’éléments de langage à la chaîne, et qui n’ont d’autre choix que de réduire la pensée d’un malheureux auteur à quelques citations censées en résumer la totalité. Le résultat est le même dans les deux cas : des références culturelles maniées à la truelle. Avant longtemps, les citations et raccourcis se figent, deviennent des totems, prêts à l’emploi, et se disséminent de proche en proche. En bout de course, nous obtenons un semblant de vérité générale, frappé du sceau de la plus haute culture, mais dont l’origine s’est à peu près complètement perdue, et surtout, dont la signification a été tordue, au point d’insulter le bon sens le plus élémentaire. 

Ainsi, donc, de la parole performative. 

Par souci de clarté, opérons un pas de côté et prenons un autre exemple. Intéressons-nous au triste destin de la citation suivante : « un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la force physique ». Pauvre, pauvre Max Weber ! Vous noterez déjà que revendiquer un monopole et le détenir, ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais qu’importe, dans la tête de nos demi-cultivés et/ou sur les fiches d’éléments de langage qu’ils récitent, la formule a déjà subi une première réduction : l’État détient le monopole de la violence légitime.

La France a été secouée par des troubles sociaux de nature inédite pendant près de deux ans. Le mouvement de Gilets Jaunes aura été marqué par des milliers de blessés, et même plusieurs morts. Certains manifestants ont perdu un oeil, une main… Un bilan peu glorieux, qui a contribué à remettre en question les tactiques de maintien de l’ordre à l’oeuvre dans le pays, et a surtout levé le tabou sur les violences policières. Le pays des droits de l’homme s’est même vu rappeler à l’ordre par le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’homme. Quelle que soit notre sensibilité politique, et quoi qu’on pense du mouvement des Gilets Jaunes, cette situation devrait normalement nous interpeller. Il y a manifestement un problème, qui mérite que nous nous arrêtions un instant. Or, quel discours les divers porte-paroles gouvernementaux au micro des matinales pendant des semaines, des mois ? Que toute cela n’était pas bien grave, parce que, donc, l’Etat détient le monopole de la violence légitime. D’ailleurs, cette violence est si légitime qu’elle mérite à peine cette dénomination. Une énucléation légitime n’en est pas une. Circulez, il n’y a rien à voir, merci Monsieur Weber.

Notons déjà que bien qu’étant l’œuvre d’un penseur de tout premier plan, les écrits de Max Weber ne valent pas paroles d’évangile, et n’ont, à ma connaissance, pas force de loi. Mais surtout, Max Weber n’a nullement voulu dire que toute violence étatique était légitime a priori (il n’y aurait sinon aucun jugement à formuler, aucune espèce de réserve à émettre face à un certain nombre d’exactions commises historiquement par des États). Au contraire, la légitimité d’un État se jauge aussi et surtout à sa propension à recourir à  la violence physique, étant entendu que la relation est inversement proportionnelle. Au fond, ce que Weber a en ligne de mire, c’est le processus historique de formation de l’État, qui s’est imposé en excluant progressivement les formes de justice et de violence privées (fut un temps où la vendetta était la norme). Bref, la violence légitime, ce n’est pas un buffet gratuit. Pauvre, pauvre Max Weber, en effet.

Parfois, l’absence totale de culture semble préférable à une culture fragmentaire : on ne pourrait alors se cacher derrière un auteur reconnu pour justifier une erreur de jugement ou un comportement répréhensible. La référence intellectuelle vient ici recouvrir une position absurde, contraire au bon sens le plus élémentaire ; elle confère par ailleurs à celui qui la mobilise un aplomb qu’il n’aurait pas s’il en était privé, et de même, un certain prestige aux yeux de l’auditeur. Se tromper avec superbe : nous tenons là une assez bonne définition de la bêtise. De même, donc, pour la parole performative : pauvre Roman Jakobson, pauvre John Langshaw Austin, pauvre John Searle.

L’inégale répartition de la charge du travail interprétatif

La demi-culture ne suffit cependant pas à expliquer la surestimation du pouvoir performatif de la parole. En cause, également, l’inégale répartition de la charge du travail interprétatif (j’emprunte le concept d’interpretative labor à l’anthropologue David Graeber). Le problème se pose dans les termes suivants : le pouvoir, réduit à sa plus simple expression, n’est rien d’autre que la capacité de faire faire ou d’interdire quelque chose à quelqu’un, sans avoir à se justifier auprès de ce dernier ni chercher à comprendre ses états d’âme. Dans un rapport foncièrement inégalitaire, la personne qui détient le pouvoir n’a pas besoin de savoir qui elle a en face d’elle ; à l’inverse, celle sur qui le pouvoir s’exerce a toutes les raisons de chercher à déchiffrer les humeurs et les motivations de l’autre. C’est à ce prix qu’elle pourra peut-être se ménager des espaces de liberté, ou plus trivialement, se prémunir contre d’éventuels accès de violence (légitime, cela va sans dire). 

En dernière instance, le pouvoir est toujours pouvoir de ne pas s’expliquer. La conséquence, c’est qu’à long terme, l’exercice du pouvoir abêtit. On dit du pouvoir qu’il corrompt ; on devrait plutôt dire : il rend idiot. Facteur aggravant : dans nos sociétés, le pouvoir coïncide souvent avec un affranchissement de la contrainte matérielle la plus élémentaire. Affranchie du besoin, n’ayant à rendre de compte auprès de personne, on se demande bien à quoi l’intelligence pourrait s’attacher dans pareilles conditions. La croyance dans la puissance créatrice de son propre verbe — je parle, et le monde, c’est-à-dire l’intendance, suivra — est l’une des manifestations singulières de la bêtise qui découle naturellement d’un pouvoir que rien, ou si peu, n’entrave. Il faut être ou bien très bête, ou bien très puissant, pour croire sa parole performative. Étant entendu qu’à long terme, il s’agit bien d’une seule et même chose.

Le fantasme d’une réalité construite par effet de réseau

Les puissants finissent toujours par prêter un pouvoir plus ou moins magique à ce qui sort de leur bouche. Rien de nouveau sous le soleil. « Malheur au pays dont le roi est un enfant », écrit l’Ecclésiaste, et tous les rois sont au fond des enfants. Mais notre époque apporte quelque chose de foncièrement nouveau, qui vient amplifier le problème : la prédominance des réseaux d’information, et l’intrication des opinions que ces derniers rendent possibles. En définissant la réalité comme la somme des impressions et expériences vécues à un instant donné par l’ensemble des êtres humains (réduction contestable, mais admettons), il devient possible, en l’état actuel du développement technologique, de construire et d’altérer la réalité à volonté. Car l’impression que nous recevons du  monde extérieur et, de plus en plus, de notre monde intérieur, repose davantage sur ce qui s’affiche sur l’écran de notre smartphone que sur la course des astres ou le mouvement des saisons. Notre expérience du réel est médiatisée ; l’information a toujours été préalablement informée, dirait Deleuze.

Dans ce contexte, où la réalité de second rang collectivement produite par les êtres humains tend à devenir première, dire, c’est souvent faire advenir. La sphère médiatique, dans une acception très large comprenant les réseaux sociaux, produit un effet d’aspiration nouveau, un contexte où la parole peut produire une réalité nouvelle. En bénéficiant de la bonne position dans l’infrastructure informationnelle et en jouant habilement des possibilités offertes par les technologies numériques, il est possible de pirater les mécaniques intersubjectives qui régissent normalement la vie d’êtres sociaux. D’où Cambridge Analytica, ou plus grossièrement, les faux comptes Twitter dont un certain conseiller présidentiel avouait benoîtement qu’ils étaient un levier d’influence régulièrement utilisé au sein de son écurie politique.

Les responsables politiques sont capables de se contredire du jour au lendemain, et même de nier les évidences les plus éclatantes avec le culot qui sied à leur rang. De ce spectacle pas toujours réjouissant, on aurait tort de conclure, comme on le fait trop souvent, qu’ils mentent. Ce qu’ils disent n’est ni vrai, ni faux ; ils s’essayent simplement à la parole performative. Les « faits alternatifs » ne sont que des débris de tentatives ratées de produire une réalité nouvelle. Un coup de dés, qui, s’il réussit, si les effets de réseau marchent à plein régime, peut rapporter gros. Et s’il rate ? Par la grâce du flux informationnel accéléré qui fait notre époque, tout le monde aura oublié d’ici deux semaines.

On a coutume d’imputer la responsabilité de l’avènement de ce qu’on appelle pompeusement l’ère de la post-vérité aux franges les moins éduquées de la population. Les études qui pointent avec une joie méchante que la propension au complotisme est inversement corrélée au niveau de diplôme sont légions, et ne nous disent pas grand-chose d’intéressant. Mais il existe également une post-vérité d’en haut, d’autant plus insidieuse qu’elle se considère dans son bon droit : je n’ai pas menti, j’ai voulu recourir à la fonction incantatoire du langage. J’ai joué, j’ai perdu, que voulez-vous, on ne peut pas gagner à tous les coups.

« L’âge performatif des démocraties » (Christian Salmon)

Il faut maintenant conclure. La parole politique ne peut être performative que dans un nombre très limité de situations. Croire le contraire ne peut qu’être le fruit d’une formation intellectuelle tronquée et de l’inexorable abêtissement qu’amène un exercice prolongé d’un pouvoir insuffisamment empêché. Par ailleurs, l’infrastructure informationnelle qui caractérise notre époque est source de tentations infinies pour tout individu occupant une quelconque position de pouvoir.

Le fond du problème, c’est que le coup de dés que j’évoquais tout à l’heure se solde par un échec dans neuf cas sur dix. Le réseau ne se contente pas de susciter des effets d’entraînement : il garde également, quelque part, une trace indélébile du pari performatif raté. L’opinion publique passe à autre chose, mais nous nous souvenons, ou tout du moins, quelque chose, quelque part, se souvient pour nous. Ce faisant, une dette se creuse dangereusement, une dette qui finira par exploser en emportant la parole publique avec elle. 

Ainsi, pour les quidams que nous sommes tous, peu habitués à décoder les subtils entrelacs des effets perlocutoires et illocutoires du langage, il faut quand même avouer que tous ces actes de langage ratés finissent par ressembler à un vulgaire tas de mensonges.

Pour l’instant, la situation semble à peu près sous contrôle, en vertu d’une règle bien connue : quand les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limite. Donald Trump n’aurait pas dû tenir plus d’un mois à la Maison Blanche ; il est ahurissant que certains ministres de l’actuel gouvernement français soient encore en place. Or, ils sont toujours là, et bien là : c’est qu’il suffit de tenir face à la mitraille la première fois que le pari performatif échoue, et à l’avenir, tout le reste passera comme une lettre à la poste. Magie de l’accoutumance. Jusqu’à l’explosion finale.

Christian Salmon parle d’ « âge performatif des démocraties ». La formule touche juste. Elle a également quelque chose de glaçant, et de profondément contradictoire. Car viser la performativité pour elle-même procède d’une démarche foncièrement anti-démocratique. Imposer une réalité par des moyens détournés plutôt que de chercher à établir des consensus par la délibération entre différents groupes sociaux, tel est le fantasme d’une parole politique qui se rêve performative. 

La performativité, c’est ce qui vient après la pédagogie. L’une et l’autre ont ceci de commun qu’elles nous rabaissent au rang d’êtres inférieurs, incapables d’accéder de plein droit au rang de citoyen. Le mot grec païs, qui nous donne pédagogie, signifie au choix enfant ou esclave, en tous les cas, et reflète en tous les cas une situation de minorité. 

Ni l’une ni l’autre ne sont compatibles avec l’esprit de la démocratie. Qu’une idée aussi idiote que nocive exerce aujourd’hui son emprise sur une large portion du spectre politique a quelque chose de terrifiant. Quoi qu’il en soit, le recours immodéré, irraisonné et, surtout hors de propos aux énoncés prétendument performatifs finit par détruire jusqu’aux conditions d’existence mêmes de la parole publique.

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